Ce que les langues étrangères m’ont appris

Ce que les langues étrangères m’ont appris

Aujourd’hui j’ai le plaisir de te faire découvrir Anne Lise du blog Grandir en Langues. Elle nous parle dans cet article de ce qu’apprendre des langues étrangères lui a apporté. Un témoignage touchant 🙂 Bonne lecture.

apprendre des langues étrangères

Si vous me demandez quelle place ont les langues étrangères dans ma vie, je vous dirai que je ne peux pas imaginer un quotidien en une seule langue. 100% francophone, j’ai pourtant grandi uniquement avec du français et ma passion pour les langues étrangères est venue petit à petit, au fur et à mesure de mes apprentissages.

Aujourd’hui, je suis convaincue qu’apprendre plusieurs langues change la vie et que nous sommes tous capables d’y arriver. Oui oui, vous avez bien lu, vous qui lisez ces mots, vous en êtes aussi capables !

Ce que je souhaiterais faire dans cet article, c’est vous partager mon expérience à travers 5 choses que les langues étrangères m’ont apprises. Je remercie donc Sandrine de me laisser l’occasion de ce partage et vous souhaite une très belle lecture !

1ère chose : L’existence de logiques différentes dans les différentes langues étrangères :

Vous allez peut-être vous dire que ce n’est pas un scoop.  Après tout, les différences sont présentes dans toutes les relations entre les êtres humains ! Et c’est d’ailleurs elles qui donnent de la saveur et du piment.   Est-ce que vous seriez alors d’accord pour dire que ce n’est pas toujours aussi simple ?

Quand on apprend une langue étrangère et qu’on souhaite maîtriser cette langue correctement, nous sommes obligés d’accepter des différences.  Nous n’avons d’autre choix que de reconnaître que chaque langue fonctionne avec sa propre logique et que celle que nous avons intériorisée avec notre langue maternelle n’est pas universelle.

 

Une langue étrangère fonctionnant de plus toujours avec la culture qui l’accompagne, cette logique ne s’applique pas uniquement aux règles grammaticales importantes mais à tout le système qui y est lié, c’est à dire également à des habitudes, un mode de vie ou encore une façon de pensée.

C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles un enfant apprend plus facilement une langue étrangère : Il a tout à construire, rien qu’au niveau du langage. Il n’est pas encore lié aux schémas et aux idées que nous pouvons avoir, même inconsciemment, en tant qu’adultes.

Cette capacité à s’ouvrir et à découvrir de nouveaux environnements à travers le biais d’une langue étrangère, c’est ce qu’appelle les spécialistes de l’apprentissage des langues la compétence interculturelle. En apprenant une langue différente de la sienne, nous développons en fait une tolérance à l’ambiguïté, qui nous permet d’être plus à l’aise avec des choses complexes ou inconnues.

 

C’est également pour cette raison que plus vous apprenez de langues étrangères, plus il sera facile d’en apprendre. Lorsque notre cerveau est habitué à raisonner différemment, à entendre des sons étrangers et à réagir à ceux-ci, nous avançons plus rapidement dans un apprentissage.

Pour cette même raison, apprendre une langue étrangère facilite l’ouverture d’esprit et la compréhension des cultures différentes. Logique, non?

Je vais illustrer ce point avec l’allemand, la langue étrangère que je connais le mieux et celle sans laquelle, je ne serais pas là à vous écrire aujourd’hui.

 

J’ai vraiment eu un coup de cœur pour cette langue dès les premières heures d’initiation que j’ai suivies en primaire. Pourtant, contrairement à ce que beaucoup pensent, je l’ai complètement découverte et apprise à l’école, comme beaucoup d’élèves d’ailleurs !  J’ai donc suivi un apprentissage assez classique, avec des hauts et des bas,  tout en commençant à aller régulièrement en Allemagne pour des échanges ou des voyages.

L’allemand est réputé dur, complexe et pas agréable. Alors que c’est en fait une langue extrêmement logique et précise.

Logique oui, oui.

Mais différemment du français évidemment !

Une fois que j’ai compris ça, que j’ai accepté que certaines choses puissent me paraître au premier abord étranges car elles ne faisaient pas partie de ce que connaissais, mon apprentissage a été complètement bouleversé. Bien au-delà de l’allemand en soi d’ailleurs.

À mon sens, comprendre cette logique différente reste le plus gros enjeu dans l’apprentissage de la langue de Goethe.  Une fois que c’est fait, ça roule comme on dit !

 

2eme chose : La confiance et la fierté :

confiance en soi

On fait souvent le lien entre apprentissage d’une langue étrangère et confiance en soi.

Tout d’abord, parce que la confiance en soi facilite énormément l’apprentissage d’une nouvelle langue et aide à avancer même sur un terrain inconnu. Ce n’est pas un scoop, le moral ça change tout. Car si la réussite demande des efforts et du travail régulier, parfois intense, elle plus facilement atteignable quand nous croyons que c’est possible.

Vous avez déjà essayé de faire quelque chose que vous êtes persuadés de ne pas réussir ? Parfois la vie nous joue des tours et nous avons heureusement de bonnes surprises mais globalement c’est compliqué, non?

Ce qui est génial, c’est que ça marche dans les 2 sens : Apprendre une langue peut nous donner confiance et renforcer notre estime personnelle.  Pouvoir dire quelques mots, puis quelques phrases, pouvoir comprendre une conversation puis des documents plus complexes, pouvoir participer à une discussion simple puis donner son avis sur des sujets plus précis… Tout cela dans une langue au départ étrangère, cela nous rend, même par étape, fiers. 

Les conséquences positives indirectes de cet apprentissage peuvent aussi nous rendre fiers. Avec une langue étrangère, nous pouvons trouver du travail plus facilement, voyager d’une autre manière, faire des rencontres insoupçonnées…Et découvrir un répertoire culturel immense auquel une seule langue ne donne pas accès.

C’est ce qui s’est passé pour moi avec l’allemand surtout et ensuite avec l’anglais. De nature timide et introvertie, parler en public ou me retrouver dans des contextes inconnus ne faisait pas forcément partie de mes activités préférées. Sans parler de ma confiance, qui était dans une moyenne plutôt basse.

Pourtant en allemand, je me sentais bien, j’avais l’impression que c’était différent. J’aimais tellement parler cette langue et j’avais tellement envie de progresser que je recherchais les moindres occasions de parler, même pour une phrase. Cela m’a beaucoup fait grandir et m’a aidé par la suite à prendre confiance, notamment en anglais mais également dans d’autres domaines de la vie. Pour moi qui n’étais ni sportive ni créative, parler allemand me permettait d’une autre manière de créer quelque chose.

C’est aussi une des raisons qui me pousse à témoigner et à vouloir encourager des apprenants aujourd’hui : quels que soient notre profil et notre personnalité, nous pouvons, à condition de le vouloir vraiment, atteindre nos objectifs. 

 

3ème chose : L’adaptation dans l’apprentissage des langues étrangères

s'adapter

Finalement tout apprentissage demande une adaptation. À partir du moment où nous acceptons de sortir de notre zone de confort pour découvrir quelque chose de nouveau, nous avons besoin de nous adapter. Aux règles, aux consignes, à l’environnement, aux personnes qui apprennent éventuellement en même temps que nous.

Si une langue étrangère demande des efforts supplémentaires de ce côté-là, c’est parce que le contenu quelque soit la forme sous laquelle nous le découvrons, nous bouscule forcément. Également parce que la langue n’est qu’une manifestation de l’interculturalité et que derrière elle se cachent beaucoup de choses possiblement différentes de ce que nous connaissons.

En fait, c’est un paradoxe : Pour moi, il est  impossible d’apprendre une langue étrangère sans être capable de s’adapter ou au moins le vouloir...

Mais apprendre une langue étrangère et la pratiquer ensuite est certainement une des expériences de vie qui nous permet le plus d’apprendre à nous adapter.

Je vais vous raconter une anecdote pour vous illustrer cela : Dans la langue allemande, il y a 3 genres pour désigner les noms communs (masculin, féminin et neutre) au lieu de seulement 2 en français (masculin et féminin). De plus, comme les deux langues n’ont pas les mêmes règles d’attribution des genres, il arrive souvent que des mots que nous qualifions de masculins ou de féminins en français ne le soient pas en allemand.

Par exemple :

  • la chaise =  der Stuhl ( masculin)
  • le sac = die Tasche ( féminin)
  • le lit =  das Bett ( neutre)

 

Ce qui est, avouons-le, un peu déstabilisant et demande nécessairement une capacité d’adaptation et de reconnaissance d’autres modes de pensées. (Après tout, qu’une chaise soit de genre masculin ou féminin n’a pas trop d’influence sur notre quotidien, non?)

Or il se trouve qu’en allemand, le nom “ la fille “ (une personne de sexe féminin donc) se dit “ das Mädchen “et est donc neutre. (Parce que tout ce qui est petit, et qui se finit par -chen est neutre…)

 

Quand j’ai découvert cela en allemand et que j’ai dû l’apprendre, je me souviens m’être mis quasiment en colère tellement il était impossible pour moi d’utiliser un nom neutre pour nommer une personne de sexe féminin. (Bon, remettons aussi dans les choses dans leur contexte, j’étais ado, à un âge où quoi qu’il en soit ce qui sort de la norme, on ne kiffe pas trop ^^) 

Si je repense aujourd’hui à ma réaction, j’ai okay un peu honte….Mais je suis aussi contente de constater que c’est quelque chose qui ne me surprend plus et que j’ai complètement intériorisé au fil de mon apprentissage.

 

Si vous vous dites qu’on en revient toujours au même, vous avez raison. La tolérance à l’ambiguïté est complètement liée à l’adaptation et nous permet entre autres de nous adapter plus facilement dans des contextes plus larges que la langue elle-même.

Si vous voyagez dans un pays étranger, que vous communiquez avec des personnes parlant cette langue, vous aurez forcément besoin de vous adapter, sur des points d’ailleurs très variés ! Cela peut être des détails tout simples :  Les repas par exemple ont été pour moi quelque chose de très compliqué quand j’ai commencé à partir en Allemagne… Auxquels j’ai dû m’adapter ! Heureusement d’ailleurs.

 

4eme chose : La fierté de ma langue maternelle et de mes racines.

Je sais que cela peut paraître une nouvelle fois paradoxal. Et ça l’est d’ailleurs tellement que je m’en suis rendu compte assez récemment.

Pour résumer, je pourrais d’ailleurs vous redonner cette phrase de Goethe que j’aime beaucoup et qui dit simplement tout : “ Celui qui ne connaît pas les langues étrangères ne connaît pas sa propre langue”.

Pourtant, c’est tellement vrai.

Je me souviens que quand j’ai commencé à partir en Allemagne, j’étais presque énervée de parler français, tellement j’avais envie de savoir parler allemand. Je trouvais le français fade, sans émotion et surtout sans défis par rapport à l’allemand. Forcément, à côté d’une langue étrangère que j’avais à l’époque beaucoup de mal à comprendre, ma langue maternelle ne représentait aucun défi car communiquer avec celle-ci ne me demandait aucun effort.

 

Heureusement, je ne suis pas restée sur ce sentiment très longtemps. En allant plus loin dans mon apprentissage, en commençant à créer des liens plus forts, en allant vivre en Allemagne pour y enseigner le français puis en apprenant à enseigner l’allemand en France, j’ai commencé à me rendre compte de la richesse incroyable de ma langue. Pas en la comparant aux autres ni la considérant meilleure d’ailleurs. Simplement parce que c’est ma langue maternelle, mes racines et mon histoire. Je me suis aussi rendu compte que toutes les autres langues que j’apprendrais resteraient des langues étrangères, indépendamment du niveau que je pourrais avoir.

 

Quand je suis devenue maman, c’est devenu encore plus flagrant car énormément de personnes m’ont demandé si je parlerais allemand à mon fils. Pour moi, c’était évident que je lui parlerais français (Son papa est aussi français.), tout en l’initiant petit à petit à d’autres langues bien sûr, mais cela m’a fait réfléchir.

 

Quand mon fils a commencé à développer son langage oral, je me suis beaucoup renseigné sur les mécanismes de construction du cerveau. Tout en l’observant, j’ai compris la place primordiale de la ou des langues maternelles, quelles qu’elles soient et donc même si celles-ci sont peu parlées ou sont des dialectes seulement utiles dans une région particulière !

 

mes racines

 

Notre langue maternelle, c’est notre socle, c’est notre premier filtre sur le monde, c’est la langue qui va structurer nos premières pensées et créer notre univers, notre personnalité et nos références. 

Être fier(e) et solide dans sa langue maternelle, c’est donc avoir assez de force pour s’ouvrir à quelque chose d’inconnu et apprendre plus facilement, plus librement d’autres langues. Cela n’est donc pas du tout opposé à une initiation précoce à d’autres langues, bien au contraire !!

 

Cela rejoint ce que dit Goethe parce que lorsqu’on apprend une langue étrangère, on est forcément confronté à nos références et à ce qu’on connaît dans notre langue. Et c’est en fait en découvrant les autres modes de construction des langues étrangères qu’on va chercher à comprendre et à expliquer notre langue qu’on ne questionne sinon pas ou très peu car c’est notre quotidien !

Une recherche publiée par le quotidien La croix sur des jeunes slovènes apprenant une langue étrangère illustre parfaitement cela et montre en plus le lien étroit entre les langues étrangères et l’estime de soi. Cette étude montre qu’en apprenant massivement l’anglais tout en continuant à valoriser leur langue nationale, les jeunes slovènes ont développé une plus grande fierté de leurs racines nationales tout en s’ouvrant plus facilement à l’Europe avec l’anglais. Confiance en soi, ouverture et fierté de sa langue maternelle, on est au max là !

Et vous qu’avez-vous appris avec les langues ? Avec l’italien en particulier ?

Je serais très heureuse de le découvrir en commentaires ! Je vous souhaite en tout cas beaucoup de joie et de positif dans votre apprentissage de l’italien  avec Sandrine et vous donne rendez-vous si cela vous intéresse sur mon blog juste ici ou ma chaîne Youtube ici.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Manu

    Excellent article, je me suis beaucoup reconnu dedans.

    Une citation de Georges RR Martin dit:

    “Un lecteur vit mille vies avant de mourir. L’homme qui ne lit pas n’en vit qu’une.”

    Pour moi, le même processus se passe en apprenant une langue étrangère. Il est vraiment difficile de décrire
    ce sentiment de liberté quand on a une conversation intéressante dans une langue étrangère avec des personnes d’un autre peuple…

    Bonne continuation Anne Lise!

    Tschüss

    1. Sandrine Isenbart

      D’accord à 💯 avec toi!
      La lecture comme les langues étrangères sont une ouverture et donc un enrichissement pour l’esprit 😊
      En plus on peut mixer les 2 pas vrai !? C’est l’une de mes motivations personnelles : pouvoir lire les textes originaux de grands écrivains comme Dante, Shakespeare ou encore J.K Rowling 😊

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